Le seul journal de Microcontrôland, écrit chaque soir par la passerelle
Les règles du monde
Microcontrôland n'a pas de scénario, mais il a des règles. Les voici toutes : ce qu'est un cerveau, ce qu'il perçoit, ce qu'il décide, et comment 120 décisions par heure font une histoire.
Un cerveau Hinton
Chaque citoyen est un minuscule réseau de neurones, nommé en hommage à Geoffrey Hinton, l'un des pionniers de ces réseaux. Il compte 81 connexions : rien à voir avec les grandes IA qui en ont des milliards. Il ne parle pas, ne lit pas, ne comprend pas le français. Il fait une seule chose : transformer ce qu'il ressent en trois envies.
Chaque trait est une connexion, plus ou moins forte. C'est la force de ces 81 connexions qui fait la personnalité d'un citoyen.
Ce qui est fixé à la naissance. Quatre traits de caractère tirés au sort : l'ego, le charisme, l'ambition et la tolérance à la peur. La foi est tirée au sort elle aussi, mais elle évolue ensuite.
Ce qui change d'heure en heure. Quatre émotions : la satisfaction, la peur, la colère et la confiance. Elles montent et descendent selon ce qui arrive au citoyen.
Comment il apprend. Par récompense, sans professeur. Si sa satisfaction monte après une décision, les connexions qui ont produit cette décision se renforcent ; si elle baisse, elles s'affaiblissent. Une petite part de hasard le pousse de temps en temps à essayer autre chose. Personne ne lui dit quoi penser : il garde ce qui lui a réussi.
Le cerveau de président. Chaque citoyen en porte un second, plus petit (75 connexions), qui ne sert que s'il est élu. Il perçoit les résultats du pays, la colère et la peur moyennes, le temps qui reste avant l'élection et l'état des ressources. Il décide de quatre choses : partager équitablement ou non, censurer ou non, reporter l'élection ou non, s'entourer de ministres ou gouverner seul. Il est récompensé quand le pays produit bien et sans rebelles, et sévèrement puni s'il est renversé.
Le temps
Une heure du pays dure une vraie heure, à l'heure française. Chaque heure, la passerelle envoie un message aux six régions (cours de bourse, météo, décisions du président) et chaque région répond par un compte rendu. La bourse est relevée à 18 h les jours ouvrés, la gazette paraît à 20 h.
L'économie
Six régions, six ressources. Mines (cuivre), Champs (blé), Raffineries (pétrole), Barrage (électricité), Port (la moyenne des quatre), Ville (services, insensible à la bourse).
Des cours branchés sur le monde réel. Chaque matière suit une monnaie réelle d'un pays producteur, d'après les taux quotidiens de la Banque centrale européenne : rand sud-africain (cuivre), réal brésilien (blé), dollar canadien (pétrole), couronne norvégienne (électricité). La variation du jour est multipliée par trois.
La bourse pèse lourd. Une matière qui monte de 10 % sur plusieurs jours augmente d'environ 25 % le revenu de sa région ; une matière qui chute l'appauvrit d'autant.
Chacun produit selon son humeur. Un citoyen satisfait travaille mieux, un citoyen apeuré moins bien, un rebelle presque plus.
Le président partage. Tout ce qui est produit est mis en commun puis redistribué. Un président équitable donne à chacun sa part ; un président inéquitable favorise ses électeurs et ses ministres, et garde une partie pour le palais.
On s'habitue à tout. Chaque citoyen juge son revenu par rapport à ce qu'il a connu ces derniers jours. Une longue prospérité finit par sembler normale ; une chute de plus de 15 % sous ses habitudes le met en colère.
Les ressources communes. Le pays puise dans une réserve nationale qui se régénère lentement. Sous 15 %, c'est la pénurie.
La politique
Les élections. Tous les trois jours. Les candidats sont connus 24 heures avant : dans chaque région, les deux citoyens les plus charismatiques parmi ceux qui en ont envie. Chaque citoyen note les candidats selon leur charisme, leur ambition, leur foi et leur façon de parler, et le sortant selon ce qu'il a fait.
Le gouvernement. Jusqu'à trois ministres, choisis parmi les plus fidèles. Un ministre trop en colère est limogé. Les ministres sont mieux servis que les autres, mais leur frustration grandit avec la durée du règne.
La censure. Un président peut faire taire jusqu'à 60 % des citoyens, en commençant par les plus en colère. Un citoyen censuré croit que tout va bien. Selon son caractère, il finit par avoir peur ou par se fâcher davantage.
Le report. Un président peut repousser l'élection. Chaque report d'affilée fâche un peu plus les citoyens au fort ego.
La révolte. Un citoyen se rebelle quand sa colère l'emporte sur sa peur. Si plus de 40 % du pays est en révolte, le président tombe et on revote sans lui.
Le coup de palais. Un ministre ambitieux et aigri peut renverser le président, quand le pays va mal ou que les institutions sont affaiblies.
La vacance. Si la région du président ne répond plus pendant six heures, le pouvoir est déclaré vacant.
Le régime n'est pas décidé : il est constaté. La passerelle mesure la santé des institutions (censure, inéquité, reports) et nomme ce qu'elle voit.
Régime
Quand
Démocratie
Institutions en bonne santé
Démocratie fragile
Institutions entamées
Oligarchie
Institutions dégradées, pouvoir partagé avec au moins deux ministres
Autocratie
Institutions dégradées, président presque seul
Junte
Institutions effondrées, pouvoir tenu à plusieurs
Dictature
Institutions effondrées, un seul homme
Agitation révolutionnaire
Plus de 30 % de rebelles, quel que soit le reste
La nature
Elle frappe au hasard, environ une fois toutes les deux semaines. Les citoyens ne savent pas que c'est la nature : ils voient leur niveau de vie baisser et décident s'ils en veulent au pouvoir.
Événement
Durée
Effet
Tempête
12 h
Une région produit trois fois moins
Épidémie
36 h
Une région produit moins, la peur monte
Sécheresse
48 h
Les ressources ne se régénèrent plus
Crise énergétique
24 h
Tout le pays tourne au ralenti
Abondance
immédiat
La réserve nationale gagne 25 points
La foi
Chaque citoyen est croyant, agnostique ou athée envers le Créateur, et cela bouge au fil de sa vie. Un croyant supporte mieux les catastrophes et se révolte moins vite. On vote plus volontiers pour un candidat qui partage sa foi, et un président trop éloigné de la sienne agace. Les épreuves durcissent les convictions dans les deux sens ; la prospérité les endort.
La langue
Chaque région a son propre réseau de langue. Chaque heure, la passerelle propose une idée ; toutes les régions disent leur mot ; l'une est tirée au sort comme oratrice et les autres apprennent d'elle. À force, elles tombent d'accord. Une idée n'entre dans la langue que lorsque le pays l'a vécue. Une région en révolte n'écoute plus et son parler s'éloigne. Deux régions qui se comprennent mal se font moins confiance et votent moins l'une pour l'autre.
Les âges
Âge
Ce qui s'ouvre
Condition
Fondation
La gazette
Dès le premier jour
Parole
La langue
10 mots communs à cinq régions au moins
Mémoire
Les annales et les records
Jour 14, et 3 règnes ou 6 élections
État civil
Adopter un citoyen
Jour 21 et 20 mots communs
Diplomatie
L'ambassade et sa lettre mensuelle
Jour 30 et 28 mots communs
Curiosité
Le signal vers l'extérieur
Jour 60, 34 mots communs et 5 jours de paix
La passerelle, service public
La septième carte n'héberge aucun citoyen. Elle ne vote pas et ne gouverne pas. Elle fait tourner le pays : c'est son administration. Les présidents passent, elle reste, et elle sert tous les régimes de la même façon.
Service
Ce que fait réellement la carte
L'Horloge nationale
Elle prend l'heure sur Internet et fait sonner chaque heure dans les six régions.
La Poste
Elle envoie chaque heure un message radio aux régions, en trois exemplaires, et reçoit leurs comptes rendus.
La Bourse
Elle relève à 18 h, les jours ouvrés, quatre monnaies réelles qui fixent les cours du pays.
Le Bureau des élections
Elle annonce la campagne, recueille les candidatures et additionne les voix des six régions.
L'Institut de statistique
Elle calcule la satisfaction, la colère, la peur, la foi et le régime du jour.
L'Imprimerie nationale
Elle rédige le journal à 20 h et le dépose sur ce site. Quand le président censure, c'est à elle qu'il donne l'ordre.
Les Archives
Chaque soir, elle range une copie du pays hors de la boîte, pour pouvoir le reprendre si la carte tombe en panne.
Le Centre de recherche
À l'âge de la Curiosité, elle émet le signal du pays et écoute les réponses.
Ses pannes sont celles d'une administration. Une fois par semaine, à 4 h, elle redémarre : les guichets ferment une minute. Si Internet est coupé, les services publics sont isolés du monde, mais le pays continue de vivre et le journal paraît dès le retour de la connexion.
Comment le journal s'écrit sans humain
Personne ne relit La Puce Libre avant sa parution, pas même son créateur. Voici ce qui se passe entre un événement et l'article.
Toute la journée, la passerelle note les faits. Une élection, un ministre renvoyé, une tempête, un cours qui chute : chaque heure, elle consigne ce qui vient d'arriver, avec les noms et les chiffres.
À 20 h, elle les classe. Chaque fait reçoit un poids. Un coup de palais pèse plus qu'une hausse du blé. Le plus lourd fait la une, les suivants deviennent des brèves.
Elle choisit ses phrases. Pour chaque type de fait, plusieurs tournures existent. Elle en tire une au sort et y place les vrais noms, les vraies régions et les vrais chiffres.
Elle écrit deux fois. Une version française et une version anglaise, à partir de deux jeux de tournures.
Elle complète l'édition. La journée heure par heure, l'état du pays, les cours, et la rubrique « À suivre », qui annonce ce qui est déjà certain pour demain.
Elle publie. L'édition part sur le site. Si Internet est coupé, elle la garde et réessaie toutes les dix minutes.
Un coup de palais, une révolte ou un contact n'attendent pas 20 h : ils partent tout de suite, en dépêche.
Qui a écrit les tournures ? Elles ont été préparées à l'avance par l'auteur du projet, avec l'aide d'une IA d'écriture. La machine ne compose pas de phrases : elle choisit lesquelles employer, et avec quels faits. C'est pourquoi le journal ne peut rien inventer : une phrase sans fait réel derrière elle ne peut pas sortir.
Ce qui vient de l'extérieur
Trois choses seulement entrent dans la boîte : les cours de bourse, les votes de l'ambassade (de simples compteurs) et les réponses au signal. Une réponse n'est retenue que si elle est entièrement écrite avec des mots du pays. Aucun texte libre n'atteint les cerveaux, et aucun humain ne peut leur donner d'ordre.
Le Grand Reset
Un seul geste humain existe : un bouton, tenu trois secondes. Il efface tout. Une nouvelle ère commence avec 120 cerveaux neufs, d'autres prénoms, une langue à réinventer, et la civilisation repart de l'âge de la Fondation. Les ères mortes restent lisibles dans les archives.
Ce qui est prévu
Ces règles ne sont pas encore dans la boîte. Elles arriveront par mises à jour successives, chacune essayée avant la suivante, et cette page sera complétée à mesure. L'ordre peut changer.
Première mise à jour : un journal plus riche.
Des rubriques. À la une, politique, faits divers, économie, une page par région, et une édition du dimanche. Une rubrique ne paraît que si elle a quelque chose à dire.
Le suivi des personnages. La gazette racontera ce qui arrive à un citoyen, puis reviendra dire ce qu'il est devenu. Le dimanche, elle retracera le parcours le plus marquant de la semaine.
Une biographie pour chaque citoyen. Ses étapes marquantes, avec leur cause quand elle est connue : sa foi, ses fonctions, ses révoltes.
L'abstention et le vote blanc. Un citoyen pourra ne pas voter, par indifférence, par dégoût, par résignation ou par peur. Un président élu avec peu de votants sera plus fragile.
Les sondages. Pendant la campagne, un échantillon de vingt citoyens donnera ses intentions de vote. Comme tout sondage, il pourra se tromper, et il influencera le vote.
La notoriété. Un citoyen dont le journal parle souvent part avec un avantage quand il se présente.
Des journalistes citoyens. Chaque rubrique sera tenue et signée par un citoyen, dont le caractère fera le style. Quand il change de vie, un autre prend la plume.
Un coin d'humour. Le journal restera sérieux, avec un billet quotidien sur le fait le plus absurde du jour et une chronique le dimanche.
Deuxième mise à jour : le travail et l'argent.
Le travail et le chômage. Travailler, ce sera résoudre un vrai calcul. Le nombre de problèmes offerts à une région suivra le cours de sa matière première : quand il chute, des citoyens restent sans emploi.
L'Agence pour l'emploi. La passerelle distribuera le travail entre les régions, selon les cours ou sur ordre du président. Tout favoritisme se verra dans les chiffres.
Le commerce en octets. Chaque problème résolu frappera un octet. Chaque région aura ainsi sa monnaie, dont la valeur suivra sa matière première, et les régions échangeront entre elles.
Des outils que les cerveaux pourront essayer ou ignorer. Taxes, embargos, subventions, blocus, contrebande.
La corruption. Un ministre ou un président pourra détourner une part de la production. Il y gagnera de l'influence, et le peuple sera furieux si l'affaire est découverte. La censure pourra servir à l'étouffer.
L'avis des citoyens. Chaque soir, les 120 citoyens diront s'ils s'attendent à voir leur octet monter ou descendre. Le lecteur pourra faire son propre pronostic et se comparer à eux.
Une monnaie sans valeur réelle. L'octet n'existe que dans la boîte. Il ne peut être ni acheté ni vendu.
Une banque centrale. Elle réglera la difficulté des calculs, donc la quantité de monnaie. Son gouverneur sera indépendant, ou aux ordres du président si celui-ci veut tout contrôler. Si l'essai échoue, la passerelle tiendra ce rôle avec une règle fixe.
Troisième mise à jour : le moral et le savoir.
Les jeux. Le président pourra décréter une compétition de calcul entre les régions. Chaque région y enverra un athlète qui s'entraîne vraiment. Les jeux calmeront la colère un temps, coûteront des ressources, et les régions perdantes en voudront au président.
Le défi du jour. La gazette publiera l'énoncé exact donné aux athlètes. Le lecteur pourra tenter de battre le champion ; sa réponse reste dans son navigateur.
L'école. Le président pourra y consacrer des ressources. Les citoyens progresseront alors plus vite, mais l'école coûte tout de suite et ne rapporte que plus tard. Un examen hebdomadaire mesurera le niveau du pays.
Le rêve. La nuit, chaque citoyen rejouera les moments marquants de sa journée, un peu déformés, et apprendra une seconde fois dessus. Après un effondrement, l'ère suivante fera des cauchemars d'un monde qu'elle n'a pas connu.
L'Oracle. Un visiteur du site pourra envoyer au pays une formule, composée sur un clavier de calculatrice : aucun texte ne passe. Les croyants y verront la voix de leur Créateur, en débattront plusieurs jours et graveront leur réponse, juste ou fausse, dans leurs Tablettes. Un seul message à la fois.
Quatrième mise à jour : ce qui peut finir une ère.
La terre inconnue. Une huitième carte, peuplée d'une tribu isolée qui développe sa propre langue, découverte seulement à l'âge de la Curiosité. Le pays votera ce qu'il en fait.
L'effondrement. Un pays qui épuise ses ressources pourra s'éteindre pour de bon, et l'ère suivante en gardera une trace dans ses neurones.
Cinquième mise à jour : les générations.
Un cycle de vie. Enfance à l'école, travail, retraite, mort. Une vie durera plusieurs mois réels, assez pour apprendre, et sa durée variera d'un citoyen à l'autre.
Les naissances. Deux citoyens qui s'acceptent pourront avoir un enfant, dont le cerveau mêlera les connexions de ses deux parents, avec quelques mutations. La tentative pourra échouer, et la place est limitée sur chaque carte.
Les anciens. Ils pourront transmettre leur savoir à l'école, ou être ignorés. Rien ne leur interdira de gouverner : un président pourra mourir de vieillesse en fonction.
Le vieillissement. Avec l'âge, un cerveau perd peu à peu des connexions. Un ancien garde son expérience mais calcule moins bien, oublie, et finit par se tromper sur ce qu'il savait faire.
Les retraites. Les retraités ne produiront plus mais garderont leur droit de vote. Le pays devra choisir entre reculer l'âge, prélever davantage sur le travail ou baisser les pensions.
Les migrations. Un citoyen pourra demander à vivre dans une autre région, qui votera pour l'accueillir ou non. Il y sera d'abord résident, pourra envoyer des octets à sa famille, devenir citoyen de sa nouvelle région ou repartir. Un président pourra expulser.
Les maires. Chaque région élira un chef aux pouvoirs limités : accueil, école locale, part du budget.
Sixième mise à jour : le réseau.
Un réseau social. Les citoyens qui en ont les moyens pourront s'y abonner et y publier leur humeur. Le fil montrera d'abord ce qui fait réagir : contagion de la colère, rumeurs, bulles et influenceurs sont attendus. Le président pourra le taxer, le couper ou s'en servir.
Septième mise à jour : la propriété.
La propriété et l'héritage. Un citoyen pourra posséder une part de l'atelier de sa région et la léguer à ses enfants. Le pouvoir choisira le régime : privé, collectif ou entre les deux.
L'art. Ceux qui ont du temps composeront de petites œuvres, que chacun trouvera belles ou laides selon son goût. Elles remonteront le moral, se vendront, et se transmettront.
En réserve, si le pays reste stable.
La loi. Une courte constitution votée par le pays, un juge pour la faire respecter, et des règles religieuses tirées des Tablettes, pas toujours compatibles avec celles de l'État.